LES COUPS DE BISTOURI, CELA FAIT MAL !

Longtemps épargnées  par les mesures de restriction budgétaires, les soins de santé passent également à la moulinette du gouvernement Michel.

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cc.Flickr Gaëtan Zarforoushan

Ce qui est prévu par le gouvernement Michel :

  • La diminution des nuitées d’hôpital

La diminution du nombre de jours d’hospitalisation est une constante des mesures prises ou en projet. « Il faut un financement adapté pour des soins responsables » déclarait Maggie De Block en prélude à l’étude de réforme du secteur hospitalier. Pour pousser à la diminution du nombre de jours d’hospitalisation, elle a voulu modifier le mode de financement en passant à un système de financement forfaitaire  calculé sur base de la moyenne des durées des différents opérateurs pour les pathologies concernées.

Cette approche ne tient pas compte de la complexité de certaine situations spécifiques. Prenons l’exemple du temps d’hospitalisation après un accouchement, qui est passé de 4,5 jours à 3,5 jours. « Pourquoi faut-il rester 5 jours pour une naissance qui ne devrait pas être d’abord un acte médical », disent certains… On sait pourtant qu’en Belgique, le suivi médical et social est très rudimentaire une fois la porte de sortie de la maternité franchie.

  • La limitation des indemnités de maladie

Le gouvernement vient également d’annoncer en septembre qu’il avait l’intention de modifier le calcul de l’indemnité perçue par les travailleurs durant la période de maladie (60% du salaire brut). Les primes et heures supplémentaires qui représentent moins de 10% de la rémunération ne seraient plus pris en compte pour le calcul de l’indemnité à percevoir. Ce qui signifie pour le gouvernement encore une fameuse économie sur le dos des patients…

Comme les chômeurs depuis de nombreuses années, le malade ou l’invalide glisse donc lentement mais sûrement dans la « famille des profiteurs » dans la bouche de responsables politiques, dans les médias et dans une certaine opinion publique. Les discours changent… et les actes les accompagnent.

  • La remise au travail anticipée des malades de longue durée

Le souhait de Maggie De Block est d’instaurer un système de questionnaire puis d’entretien afin « d’examiner les facteurs qui entravent la reprise du travail ». La ministre qui déclare « Nous poursuivons notre trajet budgétaire sans toucher au patient ».

Sans toucher, vraiment ? Le malade qui serait considéré comme « non coopérant » risque une diminution du montant de ses allocations. Le gouvernement
espère, de cette façon, économiser 8,3 millions d’euros chaque année. Des économies et des mesures répressives qui ne donnent pas de réponses appropriées puisqu’elles ne s’attaquent nullement aux causes de l’absentéisme pour maladie. De plus, le travailleur invalide obligé de retourner au travail, sera perçu par ses collègues comme une charge supplémentaire.

On assiste effectivement à une augmentation importante des maladies de longue durée. Elle est principalement le fait des travailleurs âgés, notamment face à l’impossibilité de tenir le coup pendant une carrière allongée (limitation stricte des crédits-temps et prépensions), carrière qui est soumise à un accroissement important de la productivité, avec ce que cela représente d’intensification des charges physiques et psychosociales (stress, burn out…).


Patients et travailleurs sur le même bateau

Une diminution des moyens est problématique tant pour les patients que pour les travailleurs du secteur de la santé. Des travailleurs sous pression dans l’ensemble du secteur qui doivent continuer à effectuer l’ensemble des tâches tant curatives qu’administratives dans des délais raccourcis. La réforme du secteur hospitalier pousse aussi à « l’externalisation » de tout ce qui peut l’être (le linge, la nourriture…) et donc au recours à des opérateurs privés, dont le moteur est le profit et qui offrent des conditions de travail et de salaires inférieures à celles des hôpitaux.

Attention aux dérives de la responsabilisation des patients ! N’entend-on pas dire de plus en plus souvent dans la bouche de certains mandataires politiques que « dans un contexte budgétaire morose, il n’est pas normal que la sécurité sociale débourse des sommes folles pour soutenir des personnes qui ont gâché leur santé suite à des comportements individuels tels que l’excès d’alcool ou de cigarettes » ?

Pour illustrer les conséquences que pourraient avoir cette volonté de « responsabilisation » à outrance martelée par le gouvernement, Yves Hellendorff, Secrétaire national CNE du secteur non marchand, prend l’exemple de l’artérite des membres inférieurs. « Si l’obstruction des artères doit faire l’objet d’une opération qui sera couverte par la sécurité sociale, il n’est pas évident que cette même sécurité sociale intervienne ultérieurement en cas de nouveau problème si la personne n’a pas « agi de façon responsable en arrêtant de fumer », le tabac étant un facteur pouvant déclencher ou pour le moins aggraver cette pathologie».

Notons qu’outre l’aspect budgétaire de ces « réformes», le gouvernement veut aussi affaiblir les mutualités et réduire leur financement pour des raisons purement idéologiques. En se gardant bien de dire qu’à côté de leur rôle d’intermédiaires dans le remboursement des soins, elles ont développé des services qui permettent des politiques de prévention et qui assurent la défense du droit des patients.

Le discours officiel présente toutes ces mesures comme des modernisations indispensables à l’avenir du secteur de la santé. Les coups de ciseaux font pourtant bien mal et aux bénéficiaires et aux professionnels de la santé. Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune réforme n’est possible ou souhaitable. Mais pour réussir
cela, il faut sans doute repartir sur les bases qui fondent notre système actuel de sécurité sociale : une couverture de soins universelle basée sur la solidarité collective.

A côté du démantèlement du système de soins de santé, notre qualité de vie est attaquée de toutes parts par le gouvernement Michel. Tantôt il s’attaque aux pensions et aux allocations de chômage, tantôt à notre emploi …

 Ça suffit ! Agissons pour que la réalité ne dépasse pas la fiction !

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